Oh l’artiste!

 
On nous avait promis le changement, eh bien on le sent déjà, le changement.
 
Bon, les chemins sont encore troués; les tentes, encore sur la place du champs-de-mars; la reconstruction n’a toujours pas commencé (enfin, ça dépend aussi de la reconstruction en question); les grosses voitures de luxe du gouvernement illuminent encore nos petites routes; le gouvernement, toujours pas installé…
 
Mais, ça vient :
 
D’abord, La Minustha ne veut plus rester. Maintenant c’est le président qui leur supplie de continuer à le stabiliser.
 
Ensuite, l’école « gratis » a commencé. Pas encore pour tout le monde, mais c’est un début.
 
Enfin (et surtout), la campagne continue. Et là, vraiment, c’est super !
 
Quand à un président qui ne parlait pas, ne se montrait pas et ne souriait pas, succède un autre qui monopolise le devant de la scène, c’est quand même à souligner non ?
 
Notre président n’a pas trouvé de meilleur moyen de rester près de son peuple, ou présent dans son esprit, que de transformer la Capitale (paske se la mwen konnen) en une véritable galerie de photos. Ses propres photos.
 
Et en plus, c’est artistique : on ne comprend même pas trop le message. Certaines affiches montrent le président avec vieille femme de condition visiblement modeste, et un texte dit : « Viktwa a se pou pèp la » (Si vous essayez de trouver une explication, allez-y, pendant ce temps, je continue…).
 
Certaines autres sont plus banales. Par exemple celles qui affichent le même texte mais avec 3 fillettes en route pour l’école. On comprend trop bien que c’est une publicité pour l’école « gratis » que promet le président. Et le texte « Vitwa pou pèp la », cette fois prend tout son sens. Heureusement que le président n’a pas oublié d’y ajouter sa photo. J’adore tellement son sourire… (Ben quoi, je préfère le voir sourire que l’entendre parler).
 
En tout cas, les affiches à chaque coin de rue ne le satisfont pas. Il y a aussi un bus camouflé d’images (deviner de qui ?) qui joue à fond la musique « Viktwa pou pèp la ! » (mwen komanse panse sérieusement se pwal refrain kanaval 2012 Sweet Micky a). De temps à autre, un « MC »  interrompt la musique pour crier « N’ap di Prezidan an mesi pou lekòl gratis ! »
 
Oui, c’est bizarre de dépenser autant d’argent pour…rien. Mais, c’est cela, l’art. Bien souvent, l’artiste est le seul à vraiment comprendre son œuvre.
 
Et dans ce sens-là, le changement apporté par le président est bel et bien une œuvre d’art.
 
Tilou