Venezuela : le plan américain déraille‑t‑il avant même d’avoir commencé ?

L’arrestation spectaculaire de Nicolás Maduro par les États-Unis devait marquer un coup décisif. Elle révèle surtout une opération sans lendemain clair. Entre refus de coopération à Caracas, critiques internationales et flou stratégique, Washington se retrouve face à une crise qu’il semble ne plus maitriser.

L’opération militaire américaine qui a abouti à l’arrestation de Nicolás Maduro à Caracas — puis à sa présentation devant un tribunal fédéral à New York — restera sans doute comme l’un des tournants les plus spectaculaires et controversés de la politique étrangère récente des États‑Unis. En moins d’une semaine, ce qui aurait dû être une démonstration de force et de maîtrise stratégique s’est transformé en un imbroglio politique, juridique et diplomatique dont personne ne sort réellement grandi.

D’un côté, l’administration Trump clame une victoire : Maduro, accusé de « narcoterrorisme » et de trafic de drogue, est en garde à vue aux États‑Unis, et Washington affirme qu’il ne s’agit pas d’une invasion mais d’une opération judiciaire justifiée par des inculpations valables depuis des années. Selon le gouvernement américain, il ne s’agit pas de gouverner le pays, mais de le « diriger temporairement » vers une transition démocratique et un meilleur contrôle contre le narcotrafic.

De l’autre, la réalité sur le terrain s’avère nettement plus incertaine. L’ancienne vice‑présidente Delcy Rodríguez, présente à Caracas, est investie présidente par intérim et refuse désormais l’ingérence américaine, rejetant la légitimité de Washington et affirmant que Maduro demeure le seul président légitime. Elle appelle à des relations « respectueuses » mais a clairement dit non à la coopération énoncée par Trump.

…des experts reconnaissent que les ambitions américaines de contrôle politique ou économique manquent actuellement de définition concrète.

Ce refus n’est pas uniquement un acte de défi politique : il révèle l’un des paradoxes centraux de l’intervention américaine. Sans soutien populaire clair, sans présence militaire durable et sans un plan crédible de transition, Washington risque d’ancrer durablement une crise institutionnelle. Même des experts reconnaissent que les ambitions américaines de contrôle politique ou économique — notamment sur le vaste secteur pétrolier vénézuélien — manquent actuellement de définition concrète.

Sur la scène internationale, l’opération a été massivement critiquée. L’ONU a estimé qu’elle sapait un principe fondamental du droit international en violant la souveraineté d’un État, et plusieurs pays, du Brésil à la Russie, dénoncent une « agression ».

Pour Trump, qui avait fait de la lutte contre le « narco‑régime » et de la restauration de l’ordre au Venezuela des priorités, le scénario ressemble à un échec précoce : non seulement la présidente par intérim ne se plie pas aux volontés de Washington, mais l’absence de stratégie claire pour stabiliser ou gouverner le Venezuela risque d’enliser les États‑Unis dans un bourbier diplomatique. Dans ce contexte, parler de « double trahison » — d’un côté l’incapacité à contrôler réellement le pays, de l’autre le rejet explicite de la coopération — n’est pas une métaphore excessive.

Le Venezuela montre aujourd’hui à quel point l’usage unilatéral de la force, même sous prétexte judiciaire ou humanitaire, peut se heurter à la réalité d’un peuple, d’une classe politique et d’un contexte régional qui refusent d’être réduits à un simple plan stratégique. La partie n’est certainement pas pliée — et si cette intervention devait rester dans l’histoire comme un « coup » suivi d’un vide stratégique, les États‑Unis pourraient bien en payer le prix politique pour longtemps.

1 commentaire

  1. Jeanne Martine Pierre Baptiste a dit :

    Belle analyse Tilou JEAN PAUL!
    L’absence de stratégie cohérente , à mon humble avis, rend cette intervention plus problématique qu’efficace.
    Sans plan de transition clair ni appui réel sur le terrain, cette opération semble vouée à créer davantage d’incertitudes que de solutions.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *