Le ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) est aujourd’hui le théâtre d’un naufrage éthique sans précédent. L’intervention du ministre Bertrand Sinal, dans l’affaire opposant une technicienne de laboratoire à son directeur pour des faits de harcèlement et d’agression sexuelle, dépasse le simple cadre du fait divers pour devenir un scandale d’État.
L’affaire éclate lorsqu’une technicienne de laboratoire dénonce son supérieur hiérarchique, un médecin, pour harcèlement et agression sexuelle. En guise de réponse, le ministre de la Santé, Bertrand Sinal, a choisi d’orchestrer le déplacement du directeur vers un autre poste. Dans ses déclarations , le ministre a ouvertement pris fait et cause pour l’accusé, lui offrant une « deuxième chance » pour éviter sa «destruction», tout en jetant le discrédit sur la plaignante.
Le visionnement des deux vidéos circulant autour de cette affaire ne devrait laisser personne indifférent et soulève une cascade d’interrogations troublantes
Juge et partie : La mort de l’impartialité
Le ministre Sinal a choisi de déplacer le directeur, non pas pour protéger la plaignante ou l’intégrité de l’enquête, mais, semble-t-il, pour éviter un scandale et préserver la carrière de l’accusé.
- Depuis quand un ministre de la République se substitue-t-il aux tribunaux et aux Directions des Ressources Humaines ?
- En offrant une «deuxième chance» à l’accusé pour qu’il ne soit pas «détruit», le ministre ne condamne-t-il pas implicitement la victime au silence et à l’oubli ?
- Comment un fonctionnaire peut-il encore croire en la justice administrative si le sommet de la pyramide choisit son camp avant même que les faits ne soient établis ?
Une surveillance de l’intime : L’État nous regarde-t-il dans l’ombre ?
Un autre aspect effrayant de l’intervention ministérielle réside dans l’origine de ses informations. Le ministre a affirmé connaître les fréquentations privées des deux agents, citant même le nom de l’hôtel, sans avoir eu besoin de rapports officiels.
- Par quels moyens un ministre de la Santé suit-il les déplacements nocturnes et privés de ses employés ?
- Sommes-nous en train de valider l’existence d’une police des mœurs ou d’un système de surveillance occulte au sein de nos institutions ?
- Si la vie privée d’un fonctionnaire peut être ainsi jetée en pâture pour discréditer une plainte pour viol, qui est encore à l’abri ?
La banalisation de l’horreur : Le viol dans les locaux de l’État
Le ministre reproche à la victime de s’être tournée vers le ministère à la Condition Féminine plutôt que vers sa hiérarchie. Mais comment pourrait-elle se confier à une institution qui semble considérer l’usage des locaux publics pour des rapports sexuels, pouvant aller jusqu’à l’agression, comme un détail secondaire ?
- Où est l’indignation ? Pourquoi le fait que des bureaux de l’État soient transformés en zones de non-droit ne provoque-t-il pas une levée de boucliers immédiate ?
- En questionnant la moralité de la victime parce qu’elle a eu des relations passées avec l’accusé, le ministre Sinal ne renvoie-t-il pas le pays des décennies en arrière, à une époque où le consentement d’une femme était jugé accessoire ?
Le cri du silence : Pourquoi la société ne gronde-t-elle pas ?
Le plus grave n’est peut-être pas l’abus lui-même, mais l’absence de scandale. Ce dossier, qui mêle abus d’autorité, agression sexuelle, détournement de procédures légales et surveillance illégale de la vie privée, ne semble pas interpeller la conscience collective à la hauteur de son ignominie.
- Est-ce de la lassitude ?
- Est-ce la peur des représailles ?
- Ou est-ce le signe d’une société qui a fini par accepter que le «chef» a toujours raison, même lorsqu’il piétine le corps et l’honneur de ses subordonnés ?
Accepter cette banalisation, c’est autoriser que demain, n’importe quel supérieur se sente libre d’abuser, sachant qu’un ministre sera là pour lui offrir une «deuxième chance». Le silence de la société n’est pas une neutralité ; c’est le tapis rouge déroulé sous les pieds de l’impunité.
Tilou

