J’ai lu C’était ça ou mourir.
Plus exactement, j’ai enfin terminé ma lecture. Je l’avais commencée avant le scandale, mais je ne l’ai achevée que cette fin de semaine (je me demande d’ailleurs comment ont pu y arriver ceux et celles qui disent l’avoir lu d’un trait… mais nous y reviendrons).
Je l’ai donc lu et je me suis forgé une opinion. Et pour mieux apprécier l’affaire, j’ai essayé moi aussi d’écrire un roman AVEC l’IA. Je partage avec vous mes impressions sur plusieurs points.
0._ Ce dont je ne parlerai pas
Je n’aborderai pas la question du racisme dont se sert l’auteur pour se défendre. Y a-t-il des racistes qui profitent de l’affaire pour faire entendre leurs aboiements ? C’est possible. Sans doute, même. Mais pointer du doigt leur discrimination ne fera pas avancer l’affaire.
J’éviterai aussi de m’étendre sur les plagiats. Il y aurait beaucoup à dire, mais en attendant que l’on dévoile des passages du livre qui auraient été volés à d’autres auteurs, c’est un tout autre sujet. Je me contenterai de dire qu’ici, dénoncer le racisme est improductif parce qu’un fait reste un fait, qu’il soit dénoncé par le diable ou par un saint.
1._ Utilisation de l’IA ?
Je ne peux pas certifier qu’il y a eu usage de l’intelligence artificielle pour la simple et bonne raison que, pour l’instant, cela ne peut être prouvé. Ceci étant dit, beaucoup de passages présentent des effets de style qui n’ont AUCUN sens, qui ne font que « sonner joli ». Il y a ces reprises de descriptions qui reviennent comme des refrains presque inutiles et un abus de métaphores qui finissent par rendre ces passages illisibles. Cela est typique de la machine. Donc, je pense qu’il y a effectivement eu une aide de l’Intelligence artificielle.
2._ Une œuvre humaine ?
Pour autant, l’histoire, certains détails, certains passages et la façon de les raconter me paraissent difficilement être l’œuvre d’une machine.
Il est difficile d’expliquer cette partie. J’ai voulu tenter l’expérience moi-même : j’ai utilisé l’intelligence artificielle pour écrire un roman s’inspirant du scandale (vous en saurez plus bientôt). Première conclusion : ça va vite ! Très vite ! J’ai pu finir le premier jet en 3 jours (et ce, à cause de mes journées déjà trop chargées).
Mais construire l’histoire, la rendre vivante, lui faire générer des émotions, c’est tout un travail.
Peut-être suis-je un mauvais « prompteur », mais je ne vois pas comment une IA pourrait produire C’était ça ou mourir.
L’histoire a une âme. La narration dégage du vécu. Si cette œuvre est celle d’une intelligence artificielle, il faut absolument faire une place à cette technologie dans la littérature.
3._ Le malheur du scandale
Quoique le scandale ait donné plus de visibilité au roman (je ne dis pas qu’il n’était pas déjà un succès, mais reconnaissons que bien des gens s’y sont intéressés uniquement parce qu’il y avait scandale), il risque aussi de tuer le plus important : l’histoire racontée.
À travers les péripéties du personnage et des protagonistes rencontrés, se décrit un drame actuel, du présent, d’aujourd’hui ! Le livre est un roman. L’histoire n’est pas une fiction! (C’est là que je comprends mal qu’on puisse le lire d’un trait.). Après chaque déplacement, chaque rencontre, chaque rebondissement, il est nécessaire de s’arrêter un moment. de repenser à la scène et reprendre son souffle avant de pouvoir continuer. Le livre invite à regarder l’immigration en déposant un moment les chiffres et les statistiques pour penser au drame humain. Réaliser que ces histoires sont réelles, vécues. Se demander comment, en 2026, l’humanité peut encore en être là.
Conclusion
Ma position est donc la suivante : peut-être que les maisons d’édition, les prix littéraires et les amoureux de la littérature doivent prendre en compte l’arrivée de l’IA dans la littérature. Peut-être pas. Peut-être faut-il créer une catégorie spéciale pour les œuvres assistées par IA. Peut-être doit-on retirer les prix déjà gagnés par C’était ça ou mourir et ne pas lui en attribuer d’autres. Ou peut-être que si.
Mais c’est secondaire. L’important : lisez l’histoire de Jonas Dorléon et parlons-en ! Ce que raconte l’histoire de ce personnage et de ses protagonistes, c’est le vrai drame d’aujourd’hui !
Tilou
L’image d’illustration résulte d’un montage IA avec la photo présente sur l’édition de C3 Éditions du livre, la couverture de la version Kindle de l’édition de Boréale et une photo de la route des migrants prise sur le site du Jounral de Montréal

