Justice ou privilège : Le cas Emmanuel Constant et le miroir de notre humanité

Le récent appel à la solidarité pour le transfert médical d’Emmanuel Constant vers un centre hospitalier soulève un débat qui dépasse largement le cadre d’un simple dossier judiciaire. Il nous place face à un miroir dérangeant, interrogeant la cohérence de notre système de justice et la sincérité de notre humanité.

L’aide humanitaire : un droit, pas une faveur

Soyons clairs d’emblée : la question n’est pas de s’opposer à ce qu’Emmanuel Constant reçoive des soins. L’aide humanitaire n’est pas une récompense pour bonne conduite ; c’est un droit inaliénable. Même pour un homme dont le passé est marqué par des actes aussi lourds et condamnables, l’accès à la santé est une obligation pour tout État de droit. Refuser l’humanité à ceux qui l’auraient eux-mêmes bafouée serait une défaite pour notre civilisation.

Toutefois, si ce droit est indiscutable, les conditions de sa revendication interpellent.

Le piège de l’entre-soi et l’indécence du privilège

Il est naturel, humain même, de se mobiliser pour un proche ou un ancien condisciple. Mais lorsque cette indignation ne surgit que pour une figure notoire, elle expose une faille morale majeure. Dans une cellule où quatre-vingts êtres humains s’entassent dans des conditions de survie précaires, combien d’autres anonymes souffrent de pathologies tout aussi graves sans qu’aucune voix ne s’élève ?

Chercher à extraire un seul individu de cet enfer au nom de liens passés, sans dénoncer l’enfer lui-même pour la collectivité carcérale, frise l’indécence. En agissant ainsi, nous ne défendons pas un principe universel, nous défendons une exception. Nous confirmons l’idée que, même derrière les barreaux, le capital social et le réseau de connaissances prévalent sur le droit humain fondamental.

Si nous acceptons que le droit à la vie dépende de qui l’on connaît, nous renonçons à l’idée même de justice.

Pour un système juste et universel

Le vrai combat à mener n’est pas celui du sauvetage d’un individu spécifique par le biais de son réseau d’influence. Le véritable enjeu est celui d’un système juste et humanitaire pour tout le monde.

L’accès aux soins ne doit pas être une loterie sociale : Un système de santé carcéral ne devrait pas avoir besoin d’une pétition de notables pour fonctionner.

Se mobiliser pour Emmanuel Constant parce qu’il est une «connaissance» est une démarche privée. Exiger que l’État garantisse la dignité de chaque détenu, du plus célèbre au plus anonyme, est une démarche citoyenne.

Il est temps de passer de la charité sélective à la justice universelle. L’indignation ne doit pas s’arrêter aux frontières de nos cercles sociaux. Si nous acceptons que le droit à la vie dépende de qui l’on connaît, nous renonçons à l’idée même de justice.

Précisons que l’idée ici n’est pas de créer une polémique stérile ni d’attiser les tensions. Il s’agit plutôt d’ouvrir une réflexion nécessaire sur la manière dont nous pouvons bâtir une société réellement juste pour tous. Une société où le respect de la vie humaine et l’application du droit ne seraient plus des privilèges négociés, mais des piliers inébranlables garantis à chaque citoyen, sans exception.

Tilou

0 commentaire

  1. Johny Pierre a dit :

    J’applaudis votre démarche concernant ce sujet mais ce qui attire mon attention est le fait que Toto Constant a été incarcéré et est encore en prison connaissant la faiblesse de la justice haïtienne.

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