Développement des FAd’H : Dessiner la caserne au milieu du brasier

Il y a des moments où la priorité donnée aux chantiers de demain interroge profondément face aux tragédies d’aujourd’hui. Alors que la population vit au quotidien sous la coupe de gangs qui terrorisent des quartiers entiers, bloquent les grands axes et asphyxient l’économie, les autorités nous parlent de plans de développement à long terme pour les Forces Armées d’Haïti (FAd’H).

Une question s’impose brutalement : est-ce vraiment le moment ? Une armée engagée dans une guerre asymétrique pour sa propre survie et celle de sa population peut-elle se payer le luxe de se projeter sur des chantiers institutionnels à horizon 10 ou 15 ans alors que le présent nous échappe ?

La sensation d’une totale déconnexion

Quand la maison brûle, on ne dessine pas les plans de la future caserne : on sort les tuyaux. L’actualité récente vient une fois de plus enfoncer le clou de manière tragique. À Kenscoff, une énième tuerie vient de frapper des citoyens livrés à eux-mêmes. Le plus révoltant ? Ce n’était même pas une attaque-surprise. Les bandits avaient prévenu. Ils avaient annoncé leur méfait, et pourtant, la réponse sécuritaire n’a pas été au rendez-vous pour l’empêcher.

Pour le citoyen qui subit cette terreur au quotidien, voir que des alertes claires restent sans réponse pendant que le haut commandement disserte sur des visions stratégiques à long terme crée une impression pénible de décalage. Chaque gourde, chaque heure de travail de nos responsables et chaque ressource logistique devraient être consacrées à une seule priorité absolue : la prévention des massacres, la reprise du territoire et la protection immédiate des familles.

S’organiser sans abandonner le front

Pourtant, le dilemme reste cruel. En tant qu’observateur, on perçoit aussi l’impasse : l’armée actuelle, dans sa structure et ses effectifs réduits, manque cruellement de moyens pour faire face à la menace.

« Les bandits sont parfois mieux armés que les forces de sécurité », estime d’ailleurs le chef de l’armée, Derby Guerrier. Ce constat lucide du haut commandement illustre parfaitement le drame du terrain : nos forces se battent avec un désavantage matériel criant face à des groupes criminels suréquipés.

Sans planification, sans recrutement et sans formation adaptée, nos soldats risquent d’être condamnés à un rôle de simple force d’appoint. Mais pour mener de front la gestion de l’urgence et la reconstruction d’une institution, il faut une rigueur absolue :

Sur le plan tactique (L’urgence absolue) : Stopper l’hémorragie, anticiper les attaques annoncées, appuyer la PNH, sécuriser les axes et redonner de l’air à la population. C’est là que les résultats doivent être visibles, immédiatement.

Sur le plan stratégique (La préparation) : Poser en arrière-plan les bases d’une force souveraine pour éviter de dépendre indéfiniment de l’extérieur, mais sans jamais cannibaliser les ressources nécessaires au combat du jour.

Le devoir de résultats immédiats

Je ne suis ni expert militaire, ni stratège en défense. Je m’exprime ici simplement comme un citoyen inquiet, un citoyen qui regarde la situation s’aggraver, qui constate l’absence de résultats probants sur le terrain et qui s’interroge sur le risque réel d’une dispersion des efforts.

Personne ne conteste la nécessité pour Ayiti d’avoir, à terme, une force de défense professionnelle et structurée. Mais tout est une question de séquence et de crédibilité.

On ne peut pas demander à un peuple assiégé de se nourrir de promesses pour demain alors que des massacres annoncés se produisent aujourd’hui. Si les autorités veulent légitimement bâtir l’armée de demain, elles doivent d’abord prouver qu’elles sont capables de sécuriser nos rues et nos communes aujourd’hui. Le long terme ne doit en aucun cas servir d’alibi à l’impuissance du présent.

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