Pas tous de mauvaise foi

Depuis les dénonciations visant le célèbre producteur américain Harvey Weinstein, le monde (tout au moins sur les Réseaux Sociaux) s’est mis à indexer les coupables de harcèlement et d’agressions sexuelles, surtout envers les femmes.

Cette campagne ayant aussi gagné Ayiti, Loop Haiti s’est associé au groupe féministe Nègès Mawon pour lancer #PaFèSilans (Ne gardez pas le silence!). Voulant encourager (peut-être) les femmes à dénoncer les actes de harcèlement, d’agressions et d’intimidations (sexuelles) dont elles auraient été victimes, plusieurs vidéos sont mises en ligne, relatant des méfaits vécus par certaines d’entre elles.

Certains, principalement sur les réseaux sociaux, se sont plaints qu’aucun des témoignages ne nommait l’agresseur, avançant que cette démarche semble plutôt couvrir un coupable plutôt que le dénoncer.

Ces critiques sont à leur tour contestées parce qu’ « aucune victime ne nous [devrait] son histoire».

C’est juste, dans un sens, puisqu’en effet, le droit de porter plainte est laissé à la discrétion de la victime, même par la loi.

C’est probablement vrai aussi que certains réclamant des noms veulent plutôt satisfaire leur curiosité que lutter contre les crimes. Probablement!

Mais associer toute opinion ou démarche pour sortir les noms à un voyeurisme viscéral, caractéristique du pays, c’est aller un peu fort.

Parce que la question reste sérieuse : Cela sert-il a quelque chose de dénoncer l’acte, sans accuser ouvertement ?

Je me suis ravisé de sortir un billet (terminé pourtant) questionnant l’utilité de la campagne #PaFèSilans après avoir consulté une des concernées et obtenu d’elle des explications (qu’elle ne me devait pas, évidemment) sur le sens de ces témoignages. Le paragraphe suivant terminait le texte :

« Au final, ça ne change pas beaucoup de la fillette qui se tait ou qui en parle à Maman mais n’accuse pas clairement Tonton Untel. Tonton Untel qui, une fois l’angoisse d’être pointé du doigt passée, ne recommencera peut-être pas avec la même fillette, mais fera certainement d’autres victimes. »

J’ai annulé la publication du billet : Ses explications tiennent donc la route, selon moi.

Mais reconnaissons aussi que tout le monde n’a pas eu droit aux mêmes informations. Et, ceux ou celles qui se sentent concerné(e)s ont le droit de questionner la pertinence d’ «une solution qu’on essaie d’apporter »

Evidemment, il y a toujours des insensibles à faire preuve de cynisme ou de manque de charité. C’est un problème d’éducation qu’on ne peut éviter.

Par contre, tous ceux et celles qui en ont marre de voir les coupables s’en tirer à bon compte, n’ont pas juste en tête de « critiquer ceux qui font des efforts ».

Certaines fois, et plus souvent qu’on le croit, certains que vous voyez prendre des armes différents des vôtres, mènent le même combat. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas le même angle de vue que l’on ne regarde pas la même cible.

Tilou