La proposition de sortie de crise de Valéry Numa est-elle réaliste?

Les 6 et 7 juillet 2018, en colère contre une tentative d’augmentation des coûts de l’essence à la pompe, une partie de la population ayitienne s’en est prise à des magasins, banques et autres entreprises, pour exprimer leur mécontentement du coût de la vie.

Depuis, surfant la fièvre du PetroCaribe Challenge, (mouvement sur les médias sociaux réclamant une enquête sur la gestion d’un fond pour le développement), une partie de l’opposition réclame le départ du président de la république d’Ayiti, Jovenel Moïse.

Après les manifestions du 18 novembre 2018 et la semaine de blocage qui s’en suivit, l’issue de la crise est devenue préoccupante.

Dans ce contexte d’incertitude, Valéry Numa, journaliste très connu et « leader d’opinions » fait une proposition de sortie de crise en 7 points.

L’intention est probablement louable, les mesures proposées sont, par contre, irréalistes et incohérentes. (Les explications sont insérées dans la proposition de M. Numa que nous faisons suivre)

POUR UNE SORTIE DE CRISE RÉALISTE ET SANS VIOLENCE (Valéry Numa)

1.- Jovenel Moise reste au pouvoir

En fait, il reste président, mais sans aucun pouvoir. Les explications, en conclusion.

2.- L’opposition plurielle choisit un Premier Ministre et monte le gouvernement

Et déjà une impasse ! Qui fait partie ou ne fait pas partie de cette opposition? Quel mécanisme peut garantir un « consensus » entre des groupes qui ne s’entendent sur presque rien? (Sauf peut-être le départ du Président que le point 1 écarte d’entrée de jeu.)

3.- Les Petro Challengers (à identifier et désigner) mènent l’enquête de proximité sur les nouveaux membres du gouvernement.

À identifier et à désigner? Mais par qui? Vu la nature même du challenge, en désigner des membres pour les représenter reviendrait carrément à faire des élections nationales générales.

De plus, des institutions sont déjà prévues pour attester des bonne vie et mœurs des citoyens.

4.- Les principaux chefs de fil et de partis de l’opposition entérinent le choix du Premier Ministre et des membres du nouveau gouvernement (signature à l’appui)

Mêmes commentaires que le point 2.

5.- Dissolution de la 50ème législature ou sa transformation en Assemblée consultative (À définir / Jeton de présence en guise de frais)

C’est le point le moins difficile à mettre en œuvre, mais aussi le plus intriguant. Pourquoi vouloir sauver la présidence en sacrifiant le parlement? Pourquoi monter un gouvernement en le soustrayant de son autorité de contrôle?

6.- Le nouveau gouvernement présente sa feuille de route à la nation.

Évidemment, il ne peut pas la soumettre devant le parlement s’il n’existe plus. Alors « devant la nation » veut dire quoi? Référendum? Simple point de presse?

7.-Les priorités :
a) Pacifier et réconcilier le pays
b) Envisager la tenue de la conférence nationale souveraine
c) Repenser notre constitution
d) Initier les démarches correctes en vue de la tenue du procès Petro Caribe
e) Organiser des élections générales anticipées dans 18 à 24 mois

Bien que certaines priorités ne soient que vaguement définies, elles concernent effectivement des préoccupations du moment. Il est par contre à noter que le coût de la vie, principale raison des violences de Juillet, et ayant initié la crise, n’est pas mentionné.

Appréciation et conclusion

Cette proposition sauve uniquement le mandat du président ayitien. Et encore, uniquement sur l’aspect de la durée. En effet, le gouvernement sensé appliquer la politique du président lui est TOTALEMENT étranger. Dans les choix (2) et la validation (3). Ce serait même un pied de nez à la démocratie que de museler un président (élu), de dissoudre une législature (élue) (5), pour remettre une gouvernance sans contrôle à des partis ayant été refusés par le peuple. Même dans le cas d’une « cohabitation », le gouvernement émane de groupes ayant reçu une adhésion par les urnes.

La stabilité politique passe par la stabilité institutionnelle (autant de la présidence que du Parlement, des Mairies, des tribunaux, etc.) et, SURTOUT, par le respect de la Loi. Et s’il fallait vraiment passer par une transition, ne vaudrait-il pas mieux appliquer les prescrits de la Constitution (articles 148, 149) et rester dans le cadre légal ?